Gros sel

Léon-Paul Fargue

Fata Morgana, 19,00 €

Nous vivons dans un mode en proie à la sinistrose. Et rien ne va.
Notre quotidien, notre présent semble désenchanté.
On désespère, on ne fait rien, on ne pense même plus à lutter.
Et pourtant le présent qu'il soit radieux ou sombre doit nous interpeller et devenir une réserve inépuisable de questionnements, de colères, de bonheurs...Il s'agit d'avoir la volonté d'"héroïser" le présent comme l'écrivait Foucault.

Cette pensée préliminaire pour vous parler des textes de Léon-Paul Fargue regroupés pour la première fois dans Gros sel et pointes de feu par les Editions fata Morgana.
Léon-Paul Fargue, que l'on connaît surtout pour ses déambulations dans Paris, pour sa douce nostalgie, nous apparaît ici comme l'écrivain qui secoue la vie routinière de ses contemporains et qui réussit à "héroïser" leur présent pour en révéler les avants-garde.

La lecture de Gros sel et pointes de feu est déclarée d'utilité public par la librairie Quai des brumes !!

"Encore un coup, il y a trop de tout. Il faut secouer le prunier. Il faut une révolution des centres nerveux. Qu'on nettoie le temple où nous avons admis trop de gentils garçons qui sont uniquement intentionnés, parfois très bien. Organisons un concours, mettons des sentinelles chez les libraires et devant les fronts. Qu'il ne soit plus permis d'écrire n'importe quoi, d'écrire à bout portant les mémoires ou les relations de sa sœur avec le fakir du coin." (Il y a trop de tout).

Ou encore :

"On pourrait trouver de nombreuses pages de prose, et honorablement signées, à la gloire des théories de l'occupant, voire des livres de flatterie, mais pas un seul poème. En revanche, on peut puiser les yeux fermés dans les œuvres poétiques de la résistance. Ce ne sont pas dix vers, mais cent qui pourraient être imprimés sur des drapeaux. La poésie ne connaît point de lâches."

Ou encore :

"Aujourd'hui les tempes des hommes retentissent d'appréhension. Jamais encore le monde n'avait gonflé ses joues au point rouge de crever comme il le fait à cette heure. Et, que nous le voulions ou non, notre âme pressent la colère des démons qu'elle invente. Nous avons abordé carrément le tragique vrai : celui du bouleversement secret. Je vois souvent, dans quelque café, des buveurs de l'espèce la plus douce trouver le goût de la fin du monde dans leur vermouth. Il y a du macabre dans les prunelles, et le spectacle le plus gai, soleil, amours, ivresses, coups de cerveau, contient des fleurs de doute et des cloches de mort."