Théorie générale de l'oubli

José Eduardo Agualusa

Traduction : Genevieve Leibrich
Metailie, 17,00 €

A la veille de l'indépendance de l'Angola en 1975,
terrorisée par la folie des hommes,
une femme, Ludovica, décide de s'extraire du monde, de se mettre hors service
elle prend cette décision insensée de s'emmurer à l'intérieur de son appartement.

José Eduardo Agualusa s'empare de ce fait réel pour raconter par le biais d'une fiction, l'histoire de son pays qui a subi tant de bouleversements
la construction même de ce roman en est la représentation.

Son personnage, Ludo, en s'isolant par refus radical de ce qui l'entoure, repousse les limites jusqu'au dernier stade de la survie
absolutisme de l'expérience de cette non existence
dissolution, disparition par effacement progressif
elle se fait prisonnière pour être totalement libre
oubliée de tous.

"les jours s'écoulent comme s'ils étaient liquides. Je n'ai plus
de cahier où écrire. Je n'ai plus non plus de stylo.
J'écris des vers succincts sur les murs, avec des bouts de charbon de bois.
J'économise la nourriture, l'eau, le feu et les adjectifs."

Pourtant, sans le savoir, elle est au coeur d'un maëlstrom d'évènements et de personnages car le monde continue bien sûre à tourner sans elle,
la vie existe bel et bien, laide et mauvaise tout autant, en dehors de ses murs
nous sont contées des pans d'histoires personnelles, tous en lien avec l'histoire de l'Angola : de militaires, bergers ou enfants des rues....

Paradoxalement c'est en voulant s'extraire que Ludo se retrouve au centre et interagit avec chacun
l'Angola n'est plus à un paradoxe près....
cette femme est au coeur des coïncidences et des rencontres
cela s’engouffrera par la faille qu'un jeune garçon fera dans cette muraille de protection qui alors s'écroulera
c'est elle Ludo, qui possède la clef (elle qui n'a plus de porte!) pour dénouer le destin de chacun de ces personnages im"briqués" autour d'elle
c'est vers elle que tous convergent car elle fait partie, à son corps défendant, de l'histoire de cette ancienne colonie portugaise qui s'est mise à feu et à sang lors de son indépendance.

Tout comme Ludo qui s'empare de l'écriture comme ultime action pour laisser des traces, José Eduardo Agualusa, utilise ses mots pour donner à voir l'histoire coloniale de son pays
poèmes, réflexions, extraits de journaux intimes, digressions historiques parsèment le roman
cet éclatement, cette diversité, tout est utile pour faire savoir et ne pas oublier.

C'est avec cette écriture toute personnelle que cet auteur nous entraine dans ce conte terrible mais aussi tendre, poétique et souvent drôle et ironique
il est une des grandes voix de la littérature africaine lusophone actuelle
à lire absolument pour la retrouver ou la découvrir
et s’en réjouir
un auteur à suivre avec intérêt